L’usage du biogaz au cœur de la stratégie énergétique des territoires
Le biogaz et le biométhane s’imposent désormais comme des énergies renouvelables clés dans les politiques de transition énergétique des territoires. Réglementations et innovations technologiques tirent vers le haut la production de biogaz. Qu’il soit injecté sous forme de biométhane ou transformé pour des usages industriels, le biogaz devient un vecteur stratégique de souveraineté énergétique et de valorisation locale des déchets.
Les pouvoirs publics sont en recherche de solutions pérennes et concrètes pour la transition et la souveraineté énergétiques. Dans ce cadre, le développement de la filière du biogaz a sa partition à jouer. La production de biogaz permet de valoriser les déchets organiques (déchets agricoles, effluents, biodéchets), de produire du biométhane injectable dans les réseaux de gaz, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de renforcer l’autonomie énergétique des territoires.
Une énergie renouvelable circulaire au service des territoires
Au cœur du modèle : la capacité de la production de biogaz à valoriser les déchets organiques. Les effluents d’élevage, les résidus de cultures, les biodéchets ménagers ou les déchets alimentaires deviennent de véritables ressources. Transformés par méthanisation, ils produisent du gaz renouvelable et un digestat à haute valeur agronomique.
Pour les collectivités, cette logique d’économie circulaire réduit les coûts de traitement des déchets tout en renforçant l’autonomie énergétique locale. Pour les agriculteurs, elle permet de réduire le recours aux engrais chimiques grâce à la valorisation du digestat, d’en diminuer le coût associé, tout en améliorant la gestion des effluents et en diversifiant les sources de revenus.
Le biométhane, épuré et injecté dans les réseaux, présente un atout majeur : il peut remplacer le gaz naturel sans modifier les infrastructures existantes. Pour les territoires ruraux, c’est l’assurance de disposer d’une source locale, résiliente et moins exposée aux fluctuations géopolitiques.
Certaines collectivités s’engagent déjà dans l’alimentation de flottes urbaines en bioGNV, ou dans le chauffage de bâtiments publics. Ces usages, encore en expansion, multiplient les opportunités pour les acteurs locaux.
Panorama de la filière biogaz et biométhane en France
Dans son rapport Le soutien au développement du biogaz, la Cour des comptes souligne que la méthanisation joue un rôle central dans la gestion des déchets, la transition écologique de l’agriculture et le soutien aux revenus des agriculteurs.
« Compte tenu de la nature même de son processus, la production de biogaz permet de répondre à de multiples objectifs de politique publique : la décarbonation de la production d’énergie, la transition agroécologique et la résilience des exploitations agricoles, la gestion et le traitement des déchets », peut-on y lire.
La production de biogaz et son développement sont largement soutenus par les pouvoirs publics, avec une orientation croissante vers la production de biométhane injecté dans le réseau de gaz.
La hausse du nombre d’unités de méthanisation – portées par les agriculteurs, les intercommunalités ou des groupements mixtes – témoigne de cette dynamique.
Fin 2023, la France comptait 1 911 installations de méthanisation, dont plus de 650 unités en injection de biométhane. Depuis, la filière poursuit sa croissance, avec plus de 700 sites injectant du biométhane dans les réseaux.
La production d’électricité à partir de biogaz a atteint 3 TWh en 2023, soit environ 0,7 % de la consommation électrique française. La production de biométhane injecté s’est élevée à 9,1 TWh, en progression de 31 % par rapport à 2022, et représente près de 2,4 % de la consommation nationale de gaz.
La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit désormais une montée en puissance de la production de biogaz et de biométhane en France, avec une trajectoire comprise entre 50 et 85 TWh à l’horizon 2035.
Un cadre réglementaire qui incite à l’action
Un ensemble de textes législatifs et réglementaires renforce le rôle des territoires dans la gouvernance du biogaz. À titre d’exemple, le décret du 4 juillet 2024 attribue aux communes et intercommunalités un droit de préemption sur les garanties d’origine du biogaz produit localement. Une évolution majeure, car elle permet aux collectivités de revendiquer officiellement la part d’énergie renouvelable consommée sur leur territoire. Parallèlement, des décrets et arrêtés recentrent les soutiens publics sur l’injection de biométhane et encadrent davantage les installations : autant de signaux de stabilisation, rassurants pour les financeurs et porteurs de projets.
Les CPB : un levier de sécurisation et de performance pour la filière
Introduits par la loi Climat et Résilience en août 2021, les certificats de production de biogaz, ou CPB, sont au cœur d’un mécanisme qui a pour vocation d’encourager la production et l’injection de biométhane en France. Comment ? En garantissant au consommateur qu’une quantité de biométhane équivalente à une consommation de gaz a été produite et injectée dans le réseau de gaz naturel.
Un arrêté du 6 juillet 2024 relatif à l’obligation des restitutions des CPB pour les fournisseurs de gaz fixe la première période de ce dispositif du 1ᵉʳ janvier 2026 au 31 décembre 2028. Pour remplir leurs objectifs, les fournisseurs de gaz naturel pourront soit produire du biométhane injecté dans le réseau de gaz naturel, soit acquérir des certificats auprès de producteurs de biométhane. Dans ce contexte, KEON accompagne les méthaniseurs pour sécuriser leurs contrats et optimiser leurs revenus.
Dans un contexte de transition énergétique accélérée, le biogaz apparaît comme une solution à la fois écologique, économiquement viable et fortement ancrée dans les territoires. Si des défis persistent – acceptabilité, logistique du gisement, sécurisation financière –, les perspectives de développement demeurent considérables.
Pour les collectivités comme pour les agriculteurs, le biogaz représente plus qu’une énergie : il constitue un moyen efficace de diversifier ses activités et de bénéficier de revenus supplémentaires.
Contributeur
Evan Lebrun, Responsable partenariats – KEON