En quoi le biogaz est-il un pilier de la souveraineté énergétique ?
Entre tensions géopolitiques, flambée des prix de l’énergie et urgence climatique, la question de la souveraineté énergétique est devenue centrale pour les territoires. Le biogaz est produit à partir de matières organiques locales. Injectable dans les réseaux existants après épuration et moins carboné que le gaz fossile, il s’impose aujourd’hui comme une option sérieuse. Mais quel rôle le biogaz peut-il jouer dans la construction d’un système énergétique plus souverain ? Et dans quelles conditions peut-il déployer tout son potentiel ?
Alors que de nombreux pays industrialisés cherchent à sortir de leur dépendance aux énergies fossiles, le biogaz s’impose progressivement comme une énergie renouvelable locale crédible, capable de renforcer la souveraineté énergétique des territoires. Cette question a été au cœur des échanges lors du sommet de Santa Marta (Colombie), au printemps 2026.
Fin avril 2026, plus de 50 pays se sont réunis à Santa Marta, en Colombie, pour discuter de la réduction progressive de la dépendance aux énergies fossiles. Ensemble, ils représentent environ un tiers de la consommation mondiale d’énergie et près de 20 % de la production mondiale de combustibles fossiles.
Au cœur des échanges : la souveraineté énergétique, la sécurité d’approvisionnement et le développement des énergies renouvelables locales. Le sommet a notamment abouti à la création d’une plateforme internationale de coopération destinée à accompagner les États dans leur transition énergétique et à réduire leur dépendance aux ressources fossiles importées.
La volatilité des prix du gaz, des engrais dont le coût augmente, les crises géopolitiques à répétition et les objectifs climatiques ont changé la nature du débat autour de la transition énergétique. Ce n’est plus seulement une question d’environnement. C’est devenu un enjeu économique, industriel et territorial.
Dans ce contexte, le biogaz produit à partir de déchets organiques locaux peut-il contribuer à sécuriser notre approvisionnement énergétique ? Et constitue-t-il une véritable alternative au gaz fossile ?
Qu’est-ce que le biogaz ?
- Le biogaz est une énergie renouvelable produite localement à partir de matières organiques issues du territoire.
- Une fois épuré, il devient du biométhane injectable dans les réseaux de gaz existants.
- Le biogaz renforce la souveraineté énergétique en réduisant la dépendance au gaz fossile importé.
- Il participe à la transition énergétique tout en créant de la valeur locale.
Qu’appelle-t-on biogaz, biométhane et gaz renouvelable ?
Le biogaz est produit grâce à la méthanisation, un processus naturel qui transforme la matière organique en l’absence d’oxygène. Dans les digesteurs, des micro-organismes dégradent des biodéchets, des effluents agricoles ou encore des résidus agroalimentaires pour produire du biogaz et du digestat, un fertilisant organique. Le biogaz fait partie des gaz renouvelables, car il est issu de ressources organiques renouvelables, contrairement au gaz naturel fossile extrait du sous-sol.
Une fois épuré, ce biogaz brut devient du biométhane, un gaz dont la composition est très proche du gaz naturel fossile. Il peut donc être injecté directement dans les réseaux existants, sans modification des infrastructures.
Le biométhane peut alimenter le chauffage, l’industrie, la cuisson ou encore la mobilité via le bioGNV. Sa compatibilité avec les réseaux en place est un atout majeur qui ne nécessite pas de tout reconstruire pour l’intégrer au système énergétique.
Pourquoi le gaz fossile fragilise-t-il notre souveraineté énergétique ?
Par définition, le gaz fossile est extrait du sous-sol et, en France, très largement importé. Son prix dépend des marchés internationaux, de l’état des infrastructures de transport et des équilibres géopolitiques, qui peuvent basculer très vite.
Les États, les entreprises et les collectivités en font les frais : exposition à une forte volatilité des prix, risque de rupture d’approvisionnement, coûts qui peuvent s’envoler en quelques semaines lors d’une crise. La dépendance au gaz importé n’est donc pas seulement un problème environnemental, c’est aussi un risque économique et stratégique structurel. À quoi s’ajoute le problème climatique. Le gaz naturel fossile reste une énergie carbonée, en opposition avec les objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2050.
Face à ce constat, le biométhane gagne du terrain en France. En 2024, 11,6 TWh PCS ont été injectés dans les réseaux français, soit 3,2 % de la consommation primaire de gaz naturel, selon la SDES (statistique publique de l’énergie, des transports, du logement et de l’environnement). La part reste encore minoritaire, mais la dynamique est là.
En quoi le biogaz renforce-t-il la souveraineté énergétique des territoires ?
Une énergie renouvelable produite localement
Le biogaz tire parti de ce qu’un territoire produit déjà, comme les biodéchets, les effluents agricoles, les résidus organiques, ou encore les déchets de l’agroalimentaire. Autant de matières qui, autrement, sont le plus souvent brûlées, comme des déchets. Autre atout majeur, le biogaz est produit tout au long de l’année, stocké et mobilisé lorsque cela est nécessaire.
C’est l’inverse du gaz fossile. Avec le biogaz, cette logique de circuit court énergétique permet de produire une énergie renouvelable locale utile aux habitants, aux entreprises et aux collectivités.
Une alternative au gaz importé
Chaque unité de biométhane injectée dans les réseaux contribue à augmenter la part de gaz renouvelable dans l’approvisionnement énergétique et à réduire la dépendance au gaz fossile.
Certes, les volumes actuels sont loin de suffire à remplacer l’ensemble du gaz naturel consommé en France, mais le biométhane diversifie les sources d’approvisionnement et réduit, mois après mois, la part du gaz importé. Pour les collectivités, c’est aussi un filet de sécurité face aux soubresauts des marchés internationaux.
À long terme, la filière vise 100 % des réseaux alimentés par des gaz renouvelables à l’horizon 2050.
Cette trajectoire repose sur deux leviers complémentaires : la réduction de la consommation de gaz et le développement de la production de gaz renouvelables, qu’il s’agisse de biométhane issu de la méthanisation, mais aussi de pyrogazéification, de gazéification de biomasse ou de méthanation.
Une énergie renouvelable compatible avec les infrastructures existantes
L’avantage souvent sous-estimé du biométhane est qu’il s’intègre dans les réseaux gaziers sans les modifier. Après épuration, il peut être injecté directement dans les infrastructures existantes. En France, où le réseau gazier est particulièrement développé, cette compatibilité permet de s’appuyer sur des équipements déjà en place plutôt que de créer de nouvelles infrastructures dédiées.
Un levier de valeur locale
La méthanisation ne s’arrête pas à la production d’énergie. Elle génère aussi des retombées économiques concrètes pour les territoires : un revenu complémentaire pour les exploitations agricoles, des emplois liés à la construction et à l’exploitation des unités, ainsi qu’une valorisation des biodéchets et résidus organiques qui deviennent des ressources utiles plutôt que des déchets à traiter. Elle produit également du digestat, un fertilisant organique qui peut être utilisé en agriculture et contribue au retour de la matière organique au sol.
Pour les collectivités, le biogaz permet donc de valoriser les déchets organiques tout en produisant une énergie renouvelable locale.
Biogaz vs gaz fossile : que faut-il comparer ?
| Critère | Gaz fossile | Biogaz / biométhane |
| Origine | Ressource fossile extraite du sous-sol | Matières organiques renouvelables |
| Production | Majoritairement importée | Locale et territoriale |
| Carbone | Émissions élevées sur le cycle de vie | Émissions réduites sur le cycle de vie, selon les filières |
| Réseaux | Infrastructures existantes | Infrastructures existantes |
| Souveraineté | Dépendance extérieure | Autonomie renforcée |
| Économie locale | Valeur captée hors territoire | Revenus et emplois locaux |
Selon les données publiques de l’ADEME (Base Empreinte et Base Carbone), le biométhane présente un bilan carbone nettement inférieur à celui du gaz naturel fossile, surtout quand il est produit à partir de déchets organiques locaux. Le biogaz ne remplacera pas le gaz fossile à lui seul, mais il réduit structurellement la part du fossile dans le mix.
Les CPB, vers une filière biométhane plus autonome
Le cadre réglementaire accompagne cette montée en puissance. Depuis le décret nᵒ 2024-718 du 6 juillet 2024¹, les fournisseurs de gaz naturel ont l’obligation de restituer des certificats de production de biogaz (CPB). Une façon de les contraindre à participer au développement du gaz renouvelable, soit en achetant ces certificats, soit en produisant directement du biométhane.
La première période d’obligation a démarré en 2026. Le signal est clair : le mix gazier français devra intégrer davantage de gaz renouvelable dans les années à venir sous peine de pénalités importantes, et les acteurs du secteur ont tout intérêt à s’adapter.
Le biogaz, un levier au service de la transition énergétique
Le biogaz donne les meilleurs résultats lorsqu’il est développé dans des conditions adaptées au territoire. Une attention particulière doit être portée à la qualité des intrants, à l’organisation des flux, à la valorisation du digestat et à la gestion de l’installation. Lorsqu’ils sont maîtrisés, ces différents paramètres contribuent aux performances environnementales et économiques du projet.
Inscrit dans une logique locale et circulaire, le biogaz constitue ainsi un levier complémentaire pour construire un système énergétique plus durable.
Pour finir, le biogaz est plus qu’une alternative technique au gaz fossile. Produit localement, injectable dans les réseaux existants et renouvelable par nature, il permet de reprendre la main sur une partie de l’approvisionnement énergétique tout en valorisant des ressources organiques que les territoires ont déjà. Son utilisation repose en outre sur un CO₂ biogénique issu de cycles naturels récents, contrairement au carbone fossile stocké dans le sous-sol depuis des millions d’années.
Il ne remplacera pas seul toutes les énergies fossiles à court terme et ce n’est pas son rôle. Cependant, il offre un levier concret pour construire un mix énergétique plus ancré dans les territoires, moins exposé aux aléas du marché mondial.
Vous avez des ressources organiques à valoriser, un projet de méthanisation à structurer ou simplement des questions sur ce que le biogaz peut apporter à votre territoire ? Ou bien vous souhaitez consommer du gaz vert dans le cadre de votre production industrielle ? KEON accompagne porteurs de projets et collectivités à chaque étape, du cadrage à la mise en œuvre.
FAQ – 3 questions sur le biogaz
Le biogaz est-il vraiment vert ?
Oui, à condition d’être produit dans une logique locale et bien maîtrisée. Le bilan environnemental dépend de plusieurs facteurs : les intrants, les distances de transport, la gestion des fuites de méthane. La valorisation du digestat ainsi que la conception et l’exploitation de l’unité de méthanisation.
Lorsqu’elle est correctement dimensionnée et exploitée, une unité de méthanisation peut présenter un bilan environnemental particulièrement favorable. Selon les analyses de cycle de vie (ACV) réalisées par l’ADEME, les filières de méthanisation permettent de réduire significativement les impacts environnementaux par rapport aux références fossiles, avec des gains pouvant atteindre jusqu’à 60 à 85 % sur certains indicateurs, notamment les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’énergies fossiles et le changement climatique, selon les configurations étudiées.
Quel est le bilan carbone du biogaz ?
Il est généralement inférieur à celui du gaz naturel fossile, d’après les données de l’ADEME (Base Empreinte, Base Carbone), notamment car le biométhane est produit à partir de déchets organiques et consommé localement. Les écarts varient selon les filières de production, ce que les outils ADEME permettent d’évaluer précisément.
Le biogaz peut-il remplacer le gaz naturel ?
Pour certains usages, oui. Le biométhane est un gaz renouvelable compatible avec les réseaux de gaz existants et peut alimenter les mêmes usages que le gaz naturel. En revanche, les volumes actuellement produits en France restent insuffisants pour couvrir l’ensemble de la consommation nationale. L’objectif est une montée en puissance progressive, pas une substitution immédiate.
Contributeur
Evan Lebrun, Responsable partenariats – KEON.
Source :
¹Legifrance : Décret nᵒ 2024-718 du 6 juillet 2024 relatif à l’obligation de restitution de certificats de production de biogaz